Ce qu'est réellement un plan de développement des compétences
Le plan de développement des compétences (PDC) est le document qui recense l'ensemble des actions de formation que l'employeur décide d'engager pour ses salariés sur une période donnée, généralement l'année civile. Il a remplacé le « plan de formation » avec la loi du 5 septembre 2018 dite Avenir professionnel, entrée en application le 1er janvier 2019.
Le changement de nom n'est pas cosmétique. L'ancien plan distinguait des catégories d'actions selon leur finalité, avec des règles différentes de rémunération et d'imputabilité. Le PDC ne conserve qu'une seule distinction structurante : l'action est-elle obligatoire pour exercer le poste, ou non ? Une action rendue obligatoire par une disposition légale ou conventionnelle se déroule sur le temps de travail et constitue du temps de travail effectif. Les autres actions peuvent, avec l'accord écrit du salarié, se dérouler hors temps de travail dans une limite négociée.
Aucun texte n'impose de formaliser un PDC. En revanche, l'article L6321-1 du Code du travail impose à l'employeur d'assurer l'adaptation des salariés à leur poste et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. En cas de contentieux prud'homal sur un licenciement pour insuffisance professionnelle, l'absence de toute action de formation pendant plusieurs années se retourne régulièrement contre l'employeur. Le PDC est le moyen le plus simple d'en apporter la preuve.
Recueillir les besoins sans se noyer dans les demandes
La plupart des plans échouent à cette étape. Un formulaire envoyé à tous les managers en novembre produit une liste de souhaits hétérogène, arrivée trop tard, impossible à arbitrer. Trois sources valent mieux qu'un questionnaire générique.
Première source : la stratégie. Les projets de l'entreprise pour les douze à vingt-quatre mois à venir (nouvel outil, nouveau marché, réorganisation, obligation réglementaire nouvelle) génèrent des besoins de compétences identifiables avant même d'interroger qui que ce soit. Deuxième source : les entretiens professionnels, obligatoires tous les deux ans, qui remontent les projets individuels et les écarts de compétences constatés. Troisième source : les incidents et indicateurs métier — taux de rebut, réclamations clients, accidents, turnover sur un poste précis.
Une règle simple pour arbitrer : distinguez ce qui relève de l'obligation, ce qui sert un projet financé, et ce qui relève du développement individuel. Les deux premières catégories passent presque toujours. La troisième est celle où le CPF, la VAE ou un co-investissement ont leur place.
- Cartographier les projets de l'entreprise avant d'interroger les managers
- Exploiter les entretiens professionnels comme source structurée, pas comme formalité
- Croiser avec les indicateurs métier pour détecter les besoins que personne ne formule
- Classer chaque demande : obligation, projet, développement individuel
Choisir les organismes et les formats
Une fois les besoins arrêtés, la question devient : à qui confier chaque action ? C'est là que le temps se perd. Sourcer trois prestataires crédibles sur un sujet que l'on ne connaît pas, comparer des propositions qui ne parlent pas de la même chose, vérifier les certifications, négocier : comptez plusieurs jours par besoin atypique.
Quelques repères qui font gagner du temps. La certification Qualiopi est obligatoire pour tout organisme dont l'action est financée par un fonds public ou mutualisé (OPCO, France Travail, CPF) : sans elle, pas de prise en charge, quelle que soit la qualité pédagogique. Un catalogue très large est rarement bon signe sur un sujet pointu : la spécialité réelle compte plus que la spécialité déclarée. Et le format doit suivre la contrainte terrain, pas l'inverse : une équipe en horaires décalés n'ira pas en présentiel deux jours pleins, quel que soit l'engagement du manager.
Nos offres et services qui traitent directement cette étape :
- PRADMise en relation · Trouver le bon partenaireDécrivez votre besoin de formation, recevez une recommandation personnalisée parmi 1 500+ partenaires vérifiés, sous 48h. Gratuit, sans engagement.
- Benchmark des LMSConseil & benchmark · Comprendre le marchéCourtage indépendant en LMS : benchmark, audit, appel d'offres, hackathon. Choisir, changer ou déployer sa plateforme sans biais commercial.
Financer : OPCO, CPF, FNE et co-investissement
Le financement se construit en parallèle du plan, pas après. Un plan chiffré en décembre sans avoir vérifié les enveloppes disponibles se solde par des arbitrages en urgence au premier trimestre.
Votre OPCO reste le premier interlocuteur. Les entreprises de moins de 50 salariés bénéficient de dispositifs de prise en charge nettement plus favorables, sur des enveloppes qui se consomment dans l'année : déposer un dossier en octobre pour une action de novembre relève souvent du pari. Au-delà de 50 salariés, la contribution est mutualisée différemment et le budget propre de l'entreprise devient la ressource principale, complétée selon les branches par des dispositifs conventionnels.
À côté de l'OPCO : le CPF, mobilisable par le salarié et abondable par l'employeur, ce qui permet de faire passer des projets individuels qui n'entreraient pas dans le budget. Les dispositifs de type FNE-Formation, dont les priorités et le périmètre sont révisés chaque année. Et les aides régionales, souvent méconnues, sur les transitions écologique et numérique.
Un mot d'honnêteté : personne ne connaît par cœur l'ensemble des dispositifs applicables à une situation donnée. Ils changent, et les conditions d'éligibilité se nichent dans les détails. Une vérification systématique avant engagement vaut mieux qu'une certitude approximative.
Pour cadrer le financement avant d'engager :
- Simulateur de financementSimulateur en ligne · Trouver le bon partenaireCalculez gratuitement vos financements formation : OPCO, FNE, CPF, alternance. Diagnostic complet en 2 minutes.
Consulter le CSE et formaliser
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE doit être consulté chaque année sur les orientations de la formation professionnelle et sur le PDC. La consultation porte sur l'exécution du plan de l'année écoulée et sur le projet pour l'année à venir. Elle intervient au titre de la consultation sur les orientations stratégiques et sur la politique sociale de l'entreprise.
Prévoyez le calendrier à l'envers : la consultation nécessite un document consolidé, donc des besoins arrêtés et un budget stabilisé, donc un recueil terminé plusieurs semaines avant. C'est cette contrainte, plus que la formation elle-même, qui structure l'année du responsable formation.
Sur la forme, aucun format n'est imposé. Un tableau clair — action, public, effectif, objectif, format, durée, prestataire, coût, financement, période — sert autant à la consultation qu'au pilotage. Les mises en forme sophistiquées n'apportent rien de plus.
Piloter en cours d'année et mesurer
Un PDC voté en janvier ne survit pas intact à décembre. Départs, arrivées, projets décalés, priorités nouvelles : prévoyez explicitement une marge de manœuvre, de l'ordre de 10 à 20 % du budget, pour absorber ce qui n'était pas prévisible.
Sur la mesure, la satisfaction à chaud reste l'indicateur le plus collecté et le moins informatif. Une évaluation à distance, deux à trois mois après l'action, avec le manager sur des critères observables, dit bien davantage sur ce qui a servi. Ce sont ces retours qui rendent l'arbitrage de l'année suivante plus rapide, parce qu'ils tranchent la question du prestataire à reconduire ou non.
Pour comparer vos pratiques et vos outils de suivi :
- L'ObservatoireÉtudes & publications · Comprendre le marchéÉtudes indépendantes et méthodologies publiques sur les acteurs et pratiques de la formation professionnelle (Manifeste de la Ludopédagogie 2030, Observatoire des Plateformes LMS).
- Benchmark des LMSConseil & benchmark · Comprendre le marchéCourtage indépendant en LMS : benchmark, audit, appel d'offres, hackathon. Choisir, changer ou déployer sa plateforme sans biais commercial.
La question qui revient partout : et l'IA dans le plan ?
Depuis deux ans, l'intelligence artificielle apparaît dans presque tous les plans que nous voyons passer, et souvent sous une forme problématique : une sensibilisation d'une demi-journée pour tout le monde, sans suite. L'effet dure environ trois semaines.
Ce qui fonctionne mieux : segmenter. Une acculturation courte pour la population large, un parcours réellement outillé pour les métiers où l'IA change la façon de travailler au quotidien, et un accompagnement de la filière formation elle-même, qui doit produire des contenus et des parcours avec ces outils. Ces trois besoins n'appellent ni les mêmes durées, ni les mêmes prestataires, ni les mêmes budgets.
Nos offres et services sur ce volet :
- Bootcamp IA & FormationFormation en ligne · Se former à l'IA5 jours gratuits en ligne pour s'acculturer à l'IA appliquée à la formation.
- Activateur IAMise en relation IA · Se former à l'IAFormation, outil, automatisation, expert ou projet plus large : décrivez votre sujet IA, nous identifions la bonne façon de le traiter. Gratuit, réponse sous 48h ouvrées.
Un calendrier réaliste sur douze mois
Le rythme ci-dessous correspond à une entreprise dont l'exercice suit l'année civile et qui dispose d'un CSE. Décalez l'ensemble si votre exercice diffère.
- Juin à juillet : bilan intermédiaire de l'année en cours, cadrage des orientations avec la direction
- Septembre : recueil des besoins auprès des managers, exploitation des entretiens professionnels
- Octobre : sourcing et comparaison des prestataires sur les besoins nouveaux
- Novembre : chiffrage, vérification des financements OPCO, arbitrages budgétaires
- Décembre : consultation du CSE, formalisation du plan
- Janvier à mai : déploiement, suivi des inscriptions, ajustements sur la marge de manœuvre
Les termes à connaître
- PDC
- Plan de développement des compétences. Document recensant les actions de formation engagées par l'employeur sur une période donnée. A remplacé le plan de formation en 2019.
- OPCO
- Opérateur de compétences. Organisme agréé par branche qui finance l'alternance et une partie des actions de formation, et accompagne les entreprises dans leurs démarches.
- Qualiopi
- Certification qualité obligatoire pour tout organisme de formation dont les actions sont financées par un fonds public ou mutualisé. Sans elle, pas de prise en charge.
- CPF
- Compte personnel de formation. Droit individuel du salarié, mobilisable à son initiative, que l'employeur peut abonder pour cofinancer un projet.
- Entretien professionnel
- Entretien obligatoire tous les deux ans consacré aux perspectives d'évolution professionnelle du salarié, avec un bilan récapitulatif tous les six ans.
Questions fréquentes
- Le plan de développement des compétences est-il obligatoire ?
- Non. Aucun texte n'impose de formaliser un plan de développement des compétences. En revanche, l'article L6321-1 du Code du travail impose à l'employeur d'assurer l'adaptation des salariés à leur poste de travail et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Le PDC est le moyen le plus simple d'organiser cette obligation et d'en apporter la preuve.
- Quelle est la différence entre plan de formation et plan de développement des compétences ?
- Le plan de développement des compétences a remplacé le plan de formation le 1er janvier 2019, avec la loi Avenir professionnel du 5 septembre 2018. Les anciennes catégories d'actions ont disparu au profit d'une seule distinction : l'action est-elle obligatoire pour exercer le poste ou non ? Cette distinction détermine si la formation se déroule nécessairement sur le temps de travail.
- Qui doit être consulté sur le plan de développement des compétences ?
- Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE est consulté chaque année sur les orientations de la formation professionnelle et sur le plan de développement des compétences, au titre de la consultation sur la politique sociale de l'entreprise. En dessous de 50 salariés, aucune consultation formelle n'est requise.
- Comment financer les actions inscrites au plan ?
- Le premier interlocuteur est votre OPCO, dont les dispositifs de prise en charge sont plus favorables pour les entreprises de moins de 50 salariés. S'y ajoutent le CPF du salarié, que l'employeur peut abonder, les dispositifs nationaux de type FNE-Formation dont les priorités évoluent chaque année, et certaines aides régionales. Les enveloppes se consomment dans l'année : les dossiers déposés tardivement passent moins facilement.
- Un salarié peut-il refuser une formation inscrite au plan ?
- Une action de formation relevant de l'adaptation au poste s'impose au salarié : la refuser peut constituer une faute. En revanche, une formation se déroulant hors temps de travail requiert l'accord écrit du salarié, et un refus dans ce cas ne constitue ni une faute ni un motif de licenciement.
- Combien de temps faut-il pour construire un plan de développement des compétences ?
- Comptez environ six mois entre le cadrage des orientations et la consultation du CSE pour une entreprise de taille intermédiaire. L'étape la plus consommatrice n'est pas le recueil des besoins mais le sourcing des prestataires sur les sujets nouveaux, où plusieurs jours par besoin atypique sont fréquents.
- Faut-il intégrer les formations à l'IA dans le plan ?
- Oui, mais en segmentant. Une sensibilisation générale sans suite produit peu d'effet durable. Distinguez une acculturation courte pour la population large, un parcours outillé pour les métiers dont le travail quotidien change, et un accompagnement spécifique de la filière formation qui doit produire avec ces outils.
.avif)